Une autre nature en ville

Publié le 27 avril 2021

Par Arnaud Tallon, Chargé de projets, Paysagiste, Ateliers 2/3/4/

Les crises actuelles, climatiques et sanitaires, mais aussi, le besoin affirmé d’habiter et de travailler, proches des commerces, services et équipements, sans sacrifier à une certaine relation à la nature, nous rappellent l’impérieuse nécessité de penser intérieur et extérieur de façon cohésive.

Au centre des nouvelles approches de la nature en ville, il y a de nouvelles pratiques : la nature ne se limite pas à un rôle d’accompagnement et de mise en valeur de la ville et de ses édifices, mais c’est aussi une nature rafraîchissante et portant ombrage, nourricière et ressourçante, traduisant le rapport étroit entre la nature et l’Homme.

C’est une nature active, qui met en place des interactions plus fortes entre la nature et le bâti. :

Qu’il s’agisse de cours, patio, balcon, terrasse ou encore toiture plantée, aménager les espaces de travail, de logement et de loisirs, sont autant d’opportunités de réflexion sur la nature en ville, et globalement sur le statut de ces espaces extérieurs.

Dans ce nouveau modèle, la ville et les constructions qui la composent, deviennent le socle, et davantage le nouveau sol, d’espaces extérieurs à haute intensité d’usages.

Espaces communs de coworking, lieux de pauses et de rencontres, lieux de rassemblements festifs, les terrasses généreuses deviennent des lieux essentiels de travail.

Plus largement, elles sont partie intégrante d’une conception bio climatique des bâtiments, se faisant autant le support d’une gestion des eaux pluie, stockées pour l’arrosage des plantes, que de filtre végétal naturel, autant de lieux qui participent à la constitution d’un ouvrage métropolitain, luttant contre les effets d’îlots de chaleur et la captation du co2.

Côté logements, la conception et l’aménagement des espaces extérieurs doivent répondre aux besoins d’intimité, d’extension du foyer vers l’extérieur, et aux nouveaux modes de vie et de consommation : tirer parti d’un extérieur, même de dimension mesurée pour cultiver des plantes aromatiques, quelques pieds de tomates cerises est un premier pas vers une consommation plus mesurée.
Planter sa terrasse, son balcon c’est aussi l’occasion de se constituer son propre paysage, d’offrir un nouvel horizon à son salon.
Ces espaces deviennent plus largement des lieux d’épanouissement, des bulles de répit au cœur de l’intensité urbaine. Des espaces dont la crise sanitaire nous a rappelé l’absolue nécessité.

S. Chalmeau
S. Chalmeau

Des conseils ? 

Aménager un extérieur c’est d’abord avoir un regard sur l’horizon, les points de vue, c’est le lieu depuis lequel une opportunité est donnée d’apprécier le paysage, il importe donc de composer avec ce que la ville donne à voir.

Aménager un extérieur c’est aussi, qu’il s’agisse de lieux de travail ou d’habitat, étirer un peu le dedans vers le dehors, c’est assurer des continuités ou des complémentarités d’usages : espace de travail, un salon, ou un espace repos. Il s’agit de penser aux usages possibles.

Envisager de planter une terrasse, y implanter des végétaux c’est enfin considérer à l’échelle du lieu, réfléchir à un micropaysage, composer en privilégiant des plantes robustes, peu gourmandes en eau et en entretien et qui acceptent bien une culture dans un milieu contraint, comme en bac par exemple. C’est évidemment tenir compte de l’exposition de la terrasse et la cohérence du choix des végétaux, s’inquiéter des apports en lumière naturelle au cours de la journée, intégrer les effets d’ombres des autres bâtiments et de la prise au vent.

Enfin, c’est aussi, accorder un peu de temps, y compris dans des lieux de travail, à ces espaces, un temps qui apporte autant aux plantes qu’à ceux qui les soignent.

Zoom sur le Vendôme à Nantes, un immeuble tertiaire dessiné par ateliers 2/3/4/ :

Pour ateliers 2/3/4/ penser un logement confortable, c’est lui assurer un extérieur généreux ouvert aux rayons bienveillants du soleil, un espace utile où la mise en place d’une table, de chaises ne soit pas une option, mais une règle. Où la richesse des senteurs, le rappel des saisons dans le choix des plantes, alternant floraison ou feuillage d’automne remarquables deviennent autant d’opportunités de rapprochement avec la nature.

Nous accordons ainsi un soin particulier à la conception d’espaces extérieurs de qualité pour les logements. Et pour chaque logement.

Cette philosophie s’applique de la même manière aux espaces de travail : comme pour le nouveau bâtiment de bureaux et co-working, le Vendôme, projet emblématique du renouveau du quartier de la gare à Nantes. Le projet propose aujourd’hui à ses occupants une grande terrasse qui peut être le terrain de réunion improvisée, de pauses entre collègues ou plus simplement d’un appel personnel, à l’écart du tumulte de l’entreprise.

Nous avons mis en place une large terrasse accessible au 4e niveau de 500 m² telle une proue ouverte sur la ville. Une surface généreuse au centre de laquelle trône un Bosquet qui offre le voyage pendant le temps d’une pose, le souvenir d’une balade en forêt.

Ce sont ces mémoires collectives que nous cherchons dans les projets, proposer le support aux émotions que chacun a ressenti dans son enfance et ressent encore face à la force majestueuse des éléments, la terre, la forêt, l’horizon de l’océan.

Fort d’une richesse végétale adaptée au contexte et au territoire plus large, il se compose de merisiers, de chênes verts, érables de Montpellier ou encore sorbiers. Des espèces particulièrement adaptées à une plantation en terrasse. Certains, comme le chêne vert, renvoient aux franges forestières de la façade atlantique, habituées aux vents et embruns.

Ce bosquet s’accompagne d’un massif de vivaces et arbustes à la fois robustes et rustiques, peu exigeants et au caractère décoratif manifeste (ainsi galium et autre pervenche blanches). Un grand banc en bois, cernant l’ensemble du bosquet, invite naturellement à la pause.

Le bosquet assure l’ancrage, il conforte le nouveau bâtiment dans son rapport au lieu :
– Le choix des espèces, la densité, assurent des continuités évidentes avec le sol premier, celui du quartier.
– Sa force, sa silhouette, que la plantation d’arbres de belles dimensions rend remarquable, constituent un élément du paysage, une nouvelle façade depuis le train.

La mise en place d’éléments propices aux développements de la biodiversité en ville, bois morts, mare et nichoirs pour oiseaux confirment enfin, au-delà de qualités paysagères, le rôle essentiel de ce bosquet perché pour l’amélioration de la biodiversité en ville.

Il s’agit dès lors d’accompagner le vivant, d’installer un paysage en ce qu’il propose de foisonnement et de vie : au-delà de la composition paysagère, développer une forme d’écologie urbaine.

S. Chalmeau

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